Fendas de Carlos Segundo

Fendas de Carlos Segundo, sera sans doute de ceux-là – à tort -, dont la proposition tient autant dans une économie de moyens proprement fascinante, que la force d’un concept aussi simple qu’il exige un abandon sans borne de son auditoire.
Véritable expérience intime et sensorielle, visant à sublimer la symbiose entre l’image et le son, le film suit la quête obsessionnelle d’une vérité paradoxale au-delà du visible et du sonore, d’un personnage qui s’inscrit pleinement dans la droite lignée du Jack Terry/John Travolta du chef-d’oeuvre Blow Out de De Palma.

Soit celle contemplative de Catarina, chercheuse et professeure d’université en physique quantique, flanquée dans une ville fantôme et désertique – Natal au Brésil -, un cadre renforçant la profonde solitude quelle ressent au plus profond de sa chair.
Elle étudie les espaces sonores cachés dans les variations de la lumière, et en se plongeant dans les images qu’elle distord, elle ouvre la porte sur une nouvelle forme de spectre sonore, un autre monde donnant accès à une autre temporalité…
Aussi étrange et contestataire qu’envoûtant, Fendas invite constamment au doute et à la remise en question perpétuelle de nos certitudes, dans sa manière convaincue de remodeler notre réalité dans une expérience ou le son devient une base de conscience au moins aussi importante que le temps et l’espace.
En traquant, scrutant et tordant inlassablement les mêmes traces sonores de ce qui a été, le personnage de Catarina (superbe Roberta Rangel) décèle la vérité qui se cache derrière nos regards et le monde qui peut – supposément là encore – se cacher dans l’ombre de nos perceptions directes et familières.
En résulte une oeuvre à part et presque hybride, usant de la physique quantique pour mieux offrir un raisonnement scientifique questionnant directement l’humanité dans toute son entièreté – et sa complexité -, mais dont la forme profondément hermétique
(jusque dans ses dialogues ciselés) même si très épurée (à peine quatre-vingts minutes au compteur), pourrait larguer le spectateur le moins dévolu dès la première bobine…

Jonathan Chevrier, Fucking Cinéphiles, 7 août 2021

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